Naufragés sur la Mersey
(English version)
Dans une cité portuaire du Nord-Ouest de
l'Angleterre, un homme cherchait à échapper
à la pluie. Depuis son arrivée dans la ville
quelques heures auparavant, il s'était promené
tranquillement sous une pluie légère ; mais
depuis peu, ses pas se firent plus rapides
car les gouttes étaient devenues plus lourdes
et plus insistantes. Il fallait s'abriter
au plus vite sous peine d'être trempé.
Au bout d'une rue, il aperçut une église
et pensant s'y abriter, pressa encore un
peu plus le pas. Quelques secondes plus tard,
il y entra et observa son intérieur. La végétation
l'avait entièrement envahie et dénué de la
moindre parcelle de toit et de vitraux, elle
ne permettait pas de s'abriter. Où qu'il
aille, la pluie continuait à pénétrer les
vêtements de l'homme de plus en plus. Finalement,
sous un arbre extérieur à l'édifice, il trouva
de quoi être épargné un tant soit peu par
l'eau de pluie.
De son abri, il remarqua juste derrière lui
une statue en granit accompagnée d'une petite
inscription en anglais et en gaélique. Il
y a cent cinquante ans plus d'un million
d'Irlandais arrivèrent dans la ville fuyant
la famine dans leur pays pouvait-il lire.
Devant lui, ensuite, il regarda la ville
descendre jusqu'au fleuve et arrêta un moment
son regard sur un bâtiment massif blanc longeant
le cours d'eau et doté de deux tours surmontées
chacune d'un oiseau. Puis, ses yeux suivirent
le cours du fleuve jusqu'à son embouchure
dans la mer d'Irlande, endroit sur lequel
son regard se fixa longuement. Il frotta
ensuite ses lunettes encore encombrées de
buée et de gouttes de pluie et replongea
à nouveau ses yeux sur l'estuaire avant d'encore
une fois essuyer le verre de ses lunettes
et de fixer une dernière fois l'embouchure.
Malgré la distance, il parvint à distinguer
quelques personnes accrochées à un radeau
et même à y capter une conversation entre
un homme et une femme.
-Je te dis qu'il fallait quitter la Cité
des Livres. C'était une question de vie ou
de mort dit l'homme.
-Oui mais Sylvia… lui répondit la femme.
-Sylvia est complètement folle de rester
là. Fuir était la seule issue.
-Mais où va-t-on ? Si seulement tu étais
capable de me le dire.
-Crois-tu que je le sais mieux que toi ?
Nous devons quitter ce fleuve, rejoindre
la mer et…
-Et ?
-Il faut prendre vers le nord, vers le District
des Lacs.
-Mais dans quel but ? Peux-tu me le dire ?
-Il y là-bas un livre incrusté au sommet
d'une colline. C'est le Dernier Livre. Le
Livre Ultime. Si nous le trouvons, nous pouvons
espérer…
Ces mots entre la femme et l'homme du radeau
à peine prononcés, le témoin involontaire
remonta brusquement ses yeux vers une flaque
d'eau située à quelques centimètres de ses
pieds. De grosses gouttes de pluie continuèrent
de tomber mais il quitta tout de même son
abri provisoire ainsi que l'église délabrée
pour prendre la direction du fleuve. A quelques
enjambées de celui-ci, il vit une librairie.
Il y entra, monta jusqu'à son dernier étage
et se mit, lui aussi, à la recherche du Livre
Ultime.
Vincent Fransolet
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