Cher ami,

Si vous lisez cette note, vous comprendrez que votre tentative prise de contact a été couronnée de succès et que votre petit stratagème fonctionne. Je dois avouer que votre proposition m'a tout d'abord un peu étonné et que l'idée de faire publier mes réponses sur un site public me parait bien rocambolesque. Mais d'un autre côté, j'ai moi même souffert de l'ostracisme de mon milieu et je peux très bien comprendre votre besoin absolu d'anonymat.

Je suis évidemment tout disposé à répondre à vos questions dans la mesure où elles ne m'obligent pas à divulguer des informations confidentielles et je continuerai à vous faire parvenir mes réponses par l'intermédiaire de ce Monsieur Manta que je n'ai eu aucune peine à localiser grâce aux indications assez précises que vous m'aviez fournies et qui m'a paru, au demeurant très serviable. Je vais donc répondre à vos deux questions.

Tout d'abord, je vais très bien. Officiellement, je suis maintenant à la retraite, comme on le dit dans votre monde, mais je reste encore très actif dans le domaine des recherches que vous connaissez. Après notre dernière rencontre en 1969, je me suis rendu au Maroc où j'ai vécu quelques années dans l'anonymat le plus complet, avant de passer dans le monde obscur où j'ai retrouvé mon entière liberté de mouvement, un poste de chercheur et d'enseignant, bref tout ce que je souhaitais pour pouvoir continuer à mener à bien mes investigations. Je travaille maintenant avec une équipe de jeunes chercheurs très enthousiastes, à la mise au point d'un instrument de mesure qui permettra, je l'espère, de grandes avancées dans la connaissance du fonctionnement des portes et autres lieux de passage entre mondes communicants. Nous aurons certainement l'occasion de reparler de tout ceci.

Quant au mystère Tom o'Guën, je peux effectivement vous donner quelques éclaircissements. Oui, Tom existe et je l'ai même très souvent rencontré. Mais votre histoire de soldat irlandais qui se serait égaré dans le lit d'une jeune fille lors de la libération de Mons, n'est malheureusement qu'une belle légende. Je trouve cette histoire fort jolie et très romantique mais je suis obligé de vous détromper. Tom ne s'appelle évidemment pas comme cela, du moins dans votre monde, mais comme il y séjourne encore très régulièrement, vous comprendrez qu'il a du, lui aussi, utiliser un subterfuge pour protéger son anonymat. Et il en va de même pour toute indication précise concernant ses différents lieux de travail. C'est au Maroc que j'ai rencontré Tom pour la première fois. Il s'intéressait alors aux transmutations biologiques et il rencontrait régulièrement plusieurs personnes qui habitaient à Rabat. Ce petit groupe qui aimait prendre des airs assez mystérieux, s'était lui même donné un nom de code: "39 + 1 = 40". J'ai moi même participé à plusieurs de leurs réunion au domicile de l'un d'eux, à la Zankat Okba, dans le quartier de l'Agdal. Je donne tous ces détails puisque vous me dites avoir vous même fait un séjour à Rabat et que vous me semblez friand d'anecdotes. Tom a toujours gardé le contact avec un des membres du groupe et c'est ensemble qu'ils ont commencé à s'intéresser aux autres mondes. Ils avaient notamment lu le livre de Mazel qui faisait état d'un établissement atlante en Berbérie et ce sujet alimentait leur insatiable appétit de mystère. Un de leur lieu favori était la petite médersa de Salé, que vous connaissez certainement. Ils étaient persuadé que ce petit bijou de l'architecture mérinide ne se trouvait pas là par hasard et que comme beaucoup d'autres lieux de développement du savoir (vous savez sans doute que ces médersas sont un peu l'équivalent des collèges qui composaient nos universités à la renaissance), cet établissement ne pouvait avoir été construit qu'à un endroit où les forces naturelles se concentraient de façon particulière. Plus tard, il acquirent la conviction que cette médersa avait du cacher une porte mais ils eurent beau chercher, ils ne trouvèrent rien. Récemment, Tom revint sur ce sujet, en se basant sur mes travaux et il se demanda si Salé n'avait pas été le théâtre d'un phénomène de rotation semblable à celui que connurent d'autres sites et si la porte, ou du moins ce qu'il en reste, ne se trouve pas en fait dans un ancien cimetière, situé non loin de là en bordure de la mer. C'était un cimetière à l'abandon, parsemé de vielles pierres envahies par la mousse et où poussaient de jolies fleurs sauvages. Malheureusement, pour une raison tout à fait inexplicable, ce cimetière a disparu, dans les années 80 je crois et il a fait place à un terrain vague où toutes les investigations sont maintenant très difficiles. Tom n'a cependant pas baissé les bras, et il participe activement à la mise au point de l'appareil de mesure dont je vous ai parlé. Il est actuellement en train de tester cet appareil sur le site de Salé et nous attendons son retour avec beaucoup d'impatience. Voilà, comme vous le saviez, il n'y a donc pas d'université à Salé, mais un vénérable bâtiment universitaire, abandonné depuis longtemps, et c'est cet établissement qui a donné l'idée à Tom et à ses collègues d'utiliser le terme "université de Salé" pour faire référence à la cellule de recherche dont il fait partie. Tom a par ailleurs un contact régulier avec l'université de Rabat, mais là, vous comprendrez que je ne peux pas vous en dire plus.

Voilà, j'espère avoir satisfait votre curiosité. Je suis très heureux d'avoir eu ce contact avec vous et je reste tout disposé à maintenir ce contact. Faites moi parvenir d'autres questions par le canal de votre choix et je ne manquerai pas d'y répondre.

Amicalement

F D L D